Les bords de Guye

Les origines

Cette région est habitée depuis fort longtemps, comme en témoignent les objets mis à jour lors de fouilles d’Aynard, et elle a subi de nombreuses influences.
D’époques très anciennes, on a trouvé aux environs d’Aynard quelques silex taillés, des tessons de céramiques gauloises, mais pour trouver des vestiges plus significatifs, Il faut s’éloigner un peu de la vallée de la Guye  : pierres levées à Massilly, La Chapelle sous Brancion, Uxelles, traces de forteresses gauloises à Brancion, à Suin.
Vers 50 avant JC, les Helvètes, quant à eux, on traversé la Saône, mais certainement pas la Guye (!), avant d’être arrêtés par César vers Toulon sur Arroux  et renvoyés sur leurs terres… Ensuite, les Romains se sont installés dans toute la Gaule, et en particulier à la Villa Saint Germain, juste en face du gué d’Aynard, où on a retrouvé notamment les restes d’une piscine en marbre.
Il y eut également des époques d’invasions barbares , c’est ainsi qu’on a retrouvé des trésors monétaires cachés  par les fuyards à Curtil et Etrigny.
Aux Burgondes, qui ont aidé à repousser Attila et les Huns, nous devons bien sûr le nom de la Bourgogne.
Les Mérovingiens (560-700) nous ont laissé une importante nécropole dans la région, à Curtil sous Burnand; sur la commune de Bonnay, quelques vestiges de cette époque ont également été trouvés : des sépultures de type mérovingien ont été découvertes à l’entrée sud de Besanceuil (Le Mouillot) et près de l’église de Saint Hippolyte, un sarcophage mérovingien trapézoïdal servait d’abreuvoir .
Les Francs nous ont ont laissé des noms de lieux en ‘cor’ ou ‘con’ : Cormatin, Cortevaix, Confrançon, etc.

Mais la plupart des traces écrites ne démarrent qu’en l’an 910, à la fondation de l’abbaye de Cluny. A partir de cette période, nous avons de nombreux documents écrits :  en particulier, les chartes de Cluny, dont la plupart ont été numérisées, relatent de façon détaillée les donations de terres et de domaines à l’abbaye de Cluny par les seigneurs environnants.
(Il ne faut pas s’étonner si les mêmes biens figurent en donation dans plusieurs chartes de Cluny à travers les siècles, car souvent les héritiers ont contesté les donations, ont reconquis leurs biens, puis éventuellement s’en sont repentis et les ont donnés à nouveau)

Aynard

Aujourd’hui ne subsiste à Aynard qu’une ferme, avec 2 maisons d’habitation, ainsi que le gué qui permet de traverser la Guye.

Aynard à l’époque Gallo-Romaine

Voici les  noms, en latin ou en latin médiéval, par lesquels est désigné Aynard dans les documents anciens :  Aina, Aynacensis ager, Agacensis ager (in agro Aganacense), Ainacense, in Agenaco villa.

A l’époque Gallo-Romaine, Aynard était, semble-t-il, le centre d’un important domaine, comme décrit dans l’ouvrage « Les anciens domaines Gallo-Romains de la région bourguignonne », que M l’abbé Chaume a écrit en 1934 :

« à l’origine (IVème et Vème siècle), une vaste ‘potestas’ (domaine seigneurial étendu) comprenant tout le territoire considéré, avec Aynard pour centre; puis (à partir du Vème siècle), et probablement à la suite des partages familiaux, division de cette ‘potestas’ en quatre domaines, ayant pour chefs lieux Aynard, Bonnay, Ougy, Ameugny;
enfin, lors de l’installation des barbares (milieu du VIème siècle), partage de chacun de ces domaines en deux portions :

1  – A – Aynard avec Saint-Hippolyte, Chassignolles, Besseuil  et Chaumes  B –  Confrançon avec Levry
2  – A – Bonnay avec La Lèchère                                    B – Cortevaix avec Mont
3 – A – Ougy avec Seugne                                               B – Cortemblin avec Malay
4 – A – Ameugny avec La Grange Sercy et Pommier    B – Cormatin avec Chazelles

Le gué d’Aynard

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Le gué d’Aynard était un important lieu de passage, pour les marchandises et les pélerins, sur la voie antique d’Autun à Belleville. Un péage avait été instauré au XIème siècle par les seigneurs d’Uxelles, ainsi que le relate l’historien Georges Duby, comme nous le rappelle Mme Elisabeth Chevau dans le bulletin de la SEHN :

« Des marchands de Langres organisaient tous les ans une caravane qui, se rendant à Cluny, franchissait la Guye au gué d’Aynard. Un jour Landry Gros, maître de la forteresse d’Uxelles, les arrêta et saisit leur chargement. Il consentit finalement à en restituer une partie aux négociants que soutenaient leur évêque et l’abbé de Cluny, mais établit avec eux le montant du tribut annuel qu’ils devaient désormais lui verser. Et comme les Langrois n’étaient pas les seuls à fréquenter la route, le châtelain, mis en goût, ordonna à ses sergents d’exiger un droit de passage de tous les voyageurs, pèlerins et marchands ».

L’abbaye de Cluny prit ombrage des péages installés par le sire d’Uxelles, et à la demande de l’abbé Hugues, le pape Pascal II rédigea le 2 février 1107, à Chalon-sur-Saône, un privilège concernant l’exemption des péages :

« Nous déterminons que de Maçon à Cluny, de Bois-Sainte-Marie à Cluny, de Charolles à Cluny, de Mont-Saint-Vincent à Cluny, de  Jully à Cluny, de Beaujeu à Cluny, de Brancion ou Tournus à Cluny, et de même à mi-distance depuis ces limites dans l’espace entre les voies jusqu’à Cluny, aucun homme ne présume lever un péage ni une  nouvelle taxe sur les hommes qui vont ou reviennent de Cluny, ni ne s’empare ou ne se saisisse de leurs personnes ou de leurs biens. Nous interdisons à celui qui enfreindra sciemment cette loi d’entrer dans les  églises jusqu’à ce qu’il fasse pénitence de son délit auprès de l’abbé de Cluny ou de son convent. »

(…) determinamus, uta Matiscone usque Cluniacum : a sancta Maria de Bosco usque Cluniacum : a Carella usque Cluniacum : a Monte Sancti Vincentii usque Cluniacum : a Juliaco usque Cluniacum : a Bellojoco usque Cluniacum : a Branceduno, sive Trinorchio usque Cluniacum, scilicet neque a mediis horum terminorum per paria spatia viis usque Cluniacum nullus hominum praesumat pedaticum levare, aut novam aliquam exactionem facéré super Cluniacum euntes vel inde redeuntes, née eorum personas pervadere, vel res eorum au/erre, vel ipsos capere. Eum autem qui hanc legem scienter infregerit, ab introitu ecclesiarum arcendum censemus, donec de commisse Cluniacensi abbati vel ipsi conventui satisfaciat. »
(source D; Méhu « Paix et communautés autour de l’abbaye de Cluny »)

Mais ce privilège d’exemption de péage ne fut pas toujours respecté, et fut l’objet de différents entre Cluny et Brancion-Uxelles.

L’ancienne chapelle d’Aynard en 1746

Les « Visites pastorales de l’archiprêtré du Rousset », de 1746, qui relatent de manière détaillée l’état des paroisses, témoignent de l’existence d’une chapelle consacrée à St Jean Baptiste à Aynard. Voici le compte rendu de la visite du 16 juin 1746 :

Ce jourd’hui quinzième jour du mois de juin mil sept cent quarante-six, avant midi.

ÉTAT DE L’ANCIENNE ÉGLISE D’AINARD.  VISITE D’AINARD.

La chapelle ou église paroissiale d’Ainard ne montre plus que des ruines, auprès de la rivière de Guye. Le sanctuaire paraît avoir été une coquille spacieuse voûtée les murs de ladite église subsistent en entier, la nef peut avoir trente pieds de long sur dix-huit de large, la couverture à laves subsiste aussi en partie.
Il y a un campanier sans cloche posé au dessus de l’arc qui séparait le chœur de la nef; joignant ledict sanctuaire, extra tecta (sans toit), était une  chapelle fort propre dont les murs et la voûte subsistent, les murs sont en état, ainsi que les quatre fenêtres de la nef; au devant d’icelle église est un cimetière non clos de la contenue avec ladite église d’environ une coupe de semence, confine de soir (à l’ouest) le chemin de Saint Hypolithe (sic) à Savigny, de midi (au sud) le chemin de Saint Hypolithe à la Guye, de matin et bise (à l’est et au nord) les terres de plusieurs particuliers. Elle était dédiée à Saint Jean Baptiste.

H. C., évêque de Mâcon; l’abbé de Bussy, vicaire général;
Duplessis, prêtre
Plassard, vice promoteur.

La chapelle était donc inutilisable, mais à cette époque, elle procurait encore une dîme au clergé, ainsi qu’aux seigneurs d’Uxelles et de Chassignolles, comme décrit dans ce texte : visites pastorales 1746 -extrait

Cette chapelle a été complètement détruite à la révolution.

Selon « les anciens domaines Gallo-romains » de abbé Chaume, il semble qu’à une époque, il y aurait eu 2 ou 3 chapelles à Aynard, peut-être construites sur des temples devenus par la suite chapelles chrétiennes : Saint Martin, Saint Jean, Saint Germain;
Il y aurait eu également, à une époque, une inversion de noms, c’est à dire que la chapelle St Jean Baptiste décrite ci-dessus aurait été, à l’origine, celle consacrée à St Martin.

Divers : un moulin d’Aynard disparu, des traces de pont, les cloches de St-Hippolyte ?

Il ne reste aucune trace d’un moulin à Aynard, et pourtant les chartes de Cluny mentionnent sa donation à l’abbaye de Cluny au XIème siècle : ch 2995 donation moulin d’Aynard
et le moulin d’Aynard figure aussi dans la succession d’un seigneur de Chassignolles au XVIème siècle.

Trace d’un pont d’Aynard sur la Guye ? mentionné dans la charte 3926 ‘pons (pontem ) de Aiannaco’.

Une légende locale dit que les cloches de l’église Saint-Hippolyte seraient déposées dans la Guye, dans un trou d’eau à environ 300m du chemin d’Aynard.

Les fouilles d’Aynard en 1938 et 1950

Des fouilles ont été réalisées en 1950 par la Section Archéologique du Syndicat d’Initiative de Cormatin (M. F. Jarreau, Maurice Bonnefoy, Roger Perraud, …), sur le site d’Aynard .
Des fouilles avaient  réalisées auparavant, en 1938, par Gabriel Jeanton, de l’autre côté de la Guye, sur le site d’une ancienne villa romaine, la Villa St Germain.
A plusieurs reprises,  différents objets, pierres ou statues avaient été trouvés aux environs, en particulier des tombes et des sarcophages, dans la ‘Terre de l’élu’, ou ‘Lelue’, qui est située de l’autre côté du chemin par rapport à la ferme.

Les fouilles de 1950 ont eu lieu non loin de la ferme d’Aynard et du gué, sur un terrain qui était encombré de grosses pierres et jonché de tessons de céramique.
Elles ont permis de mettre à jour notamment des sépultures des IXème et Xème siècle (squelettes, épingles de bronze ou d’argent, anneaux de cuivre), un caveau d’inhumation avec 9 marches d’accès (il s’agissait peut-être du caveau des seigneurs du château de Chassignoles), des monnaies romaines, des monnaies du XVIIème siècle, des céramiques, des objets en fer.
L’année suivante, le terrain ayant été remis en culture, les fouilles n’ont pas pu se poursuivre à cet endroit.

Voici un relevé des fouilles d’Aynard, conservé aux archives départementales (cliquer sur l’image pour l’agrandir)

fouilles Aynard archives_SID71_5FI042_26223_A     aynard urne gallo romaine

Pour des détails sur les fouilles effectuées en 1950, cliquez ci-dessous :

aynard fouilles 1950

(Un compte rendu beaucoup plus détaillé figure dans les Annales de l’Académie de Mâcon 1950-1951)

Vierge en bois de 40cm de haut trouvée à Aynard :              statue

Une anecdote concernant les fouilles, rapportée par Maurice Bonnefoy : certaines des fouilles ont été effectuées dans un champ où poussaient de magnifiques patates, très très grosses; lorsque le propriétaire du champ a su qu’on avait découvert des sépultures et des squelettes dans le sous-sol, il n’a plus voulu en manger!

Pour continuer la visite des bords de Guye, cliquez  : de Chassignoles à Besseuil